La DHEA est-elle l’hormone de jouvence ?

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Quand le Professeur Samuel Yen a publié les premières études sur la DHEA aux États-Unis en 1994, le monde entier écarquillait les yeux. On venait de « découvrir » une « hormone de Jouvence », la « pilule de l’éternité », une pilule « pour vieillir jeune ». Certains n’hésitaient pas à parler de la DHEA comme d’une véritable corne d’abondance…

Qu’est-ce que la DHEA ?

Cette « hormone de jeunesse », on l’a tous en nous. La DHEA ou déhydroépiandrostérone est une hormone produite principalement par les glandes surrénales et plus faiblement par les ovaires et/ou les testicules et le cerveau. C’est d’ailleurs l’hormone la plus abondante dans l’organisme.

Dans la grande chaîne de la synthèse des hormones dites « stéroïdes », dérivant toutes du cholestérol [2], on trouve : la prégnénolone (dont nous reparlerons), la DHEA, puis, globalement et en fonction des sexes, les hormones masculines (androgènes) dont DHEA et testostérone, et les hormones féminines comme les œstrogènes et la progestérone. En quantités différentes, ces deux types d’hormones sont présents dans les deux sexes et essentiels à une santé optimum.

Sans que la question ne soit définitivement tranchée, il semble que la DHEA agisse de deux manières :

  • En tant qu’hormone spécifique, en particulier en tant qu’hormone surrénalienne, elle agit sur la fatigue surtout chez les sujets qui manquent de DHEA avant d’en prendre ;
  • En tant que précurseur d’hormones sexuelles, d’où les contre-indications classiques des supplémentations en hormones sexuelles [3].

Quand on l’interrogeait sur les effets réels de la DHEA, le Pr Baulieu, qui a été l’un des premiers à étudier cette hormone, avant-même Samuel Yen, répondait [4] : « Beaucoup ont supposé qu’en prenant de la DHEA, ils resteraient jeunes. En fait, si l’état de santé est normal, moyen, ça n’a aucun effet. En revanche ce type d’hormone agit quand quelque chose va mal. »

Je dois avouer que je le rejoins totalement sur ce point. Mon observation personnelle et mon expérience auprès de mes patients [5] ces quinze dernières années me l’ont confirmé : il faut remettre la DHEA à sa place, c’est-à-dire en prévention des effets de l’âge. Mais il faut arrêter de la parer de vertus miraculeuses.

À l’inverse, cette hormone que l’on encense est très régulièrement critiquée et mise en cause par les administrations américaines (FDA) et européennes.

Reste-t-elle un maillon incontournable d’une bonne stratégie de longue vie ?

Ce que la DHEA fait sur votre corps

  • Augmentation de la masse osseuse

C’est dans mon expérience « un grand classique ». Cela souligne l’importance de faire doser la DHEA chez toute personne suspectée de fragilité osseuse. L’activité de la DHEA sur la masse osseuse est trop souvent ignorée, alors même que des études ont prouvé, tant chez l’homme que chez la femme, une action significative sur l’amélioration de la densité et de la solidité osseuse. Chez l’homme, cette action est obtenue par supplémentation conjointe de testostérone. Ces faits ne doivent absolument pas exclure la recherche d’autres besoins et la correction éventuelle des apports en calcium, vitamine D, magnésium, bore, vitamine K, silicium…

  • Limite les prises de poids liées à l’âge

La DHEA permet aux personnes vieillissantes de limiter leur prise de poids et leur gain de masse grasse au profit de la masse maigre, c’est-à-dire du muscle. Il s’agit bien, vu sous cet angle, d’un ralentissement du vieillissement puisque le rapport masse maigre/masse grasse, tel qu’il est analysé dans certains centres spécifiques de médecine de la longévité, est bien un « marqueur de vieillissement ».

  • Ralentit la résistance à l’insuline

De nombreuses études [6] ont montré que la DHEA comme la testostérone contribuaient à ralentir l’apparition de la « résistance à l’insuline », cause d’obésité et souvent annonciatrice de diabète de type II (dit non-insulinodépendant).

  • Réduit le risque cardiovasculaire

La DHEA réduit aussi les risques cardiovasculaires précoces qui sont souvent associés à cette résistance à l’insuline. D’autres études montrent des bénéfices cardiovasculaires par l’intermédiaire d’une baisse du mauvais cholestérol (LDL) et d’une action « fluidifiante » sur le sang.

Il y a quelque chose qui me gêne à la lecture des différentes études publiées sur la DHEA. La plupart du temps, elles me paraissent en décalage avec mon expérience et mes observations.

Je crois que ce qui explique ce décalage, c’est que les doses préconisées sont en général beaucoup trop faibles.

Chez certains patients, des bénéfices réels sont obtenus avec une dose de 10 à 25 mg par jour, d’autres n’auront de résultats positifs et palpables qu’à partir de 50 voire 100 mg, par période de 24 heures.

  • Force et volume musculaire

La DHEA contribue à accroître la force et le volume musculaire. Il existe même une étude sur son action positive concernant une maladie génétique que l’on nomme « dystrophie myotonique de Steinert ». Une autre étude japonaise sur 11 sujets a confirmé l’amélioration significative sur le muscle ainsi que sur les conséquences cardiovasculaires de cette maladie.

  • Fatigue et stress : des effets parfois spectaculaires !

J’ai souvent rencontré, et dans les deux sexes, de jeune adultes (de moins de 40 ans), fatigués, souvent victimes de stress chroniques et prolongés. Je me suis aperçu que, la plupart du temps, ils avaient des taux effondrés de DHEA. C’est précisément chez eux qu’une supplémentation guidée par l’observation de la clinique et de la biologie peut conduire à des effets vraiment spectaculaires.

Il ne s’agit plus alors d’un problème de prévention de « vieillissement ». Il est ici question d’une véritable pathologie fonctionnelle liée à leurs taux : on manque de tonus physique et psychique après avoir été soumis à des stress importants et chroniques qui ont effondré les taux de DHEA au profit de celui du cortisol.

Ce phénomène peut être transposé à la plupart des hormones, mais il est particulièrement significatif en ce qui concerne la DHEA.

C’est pourquoi il me semble judicieux de conseiller de faire mesurer son taux de DHEA, même dès la trentaine ou en cas de fatigue inexpliquée.

Il faut ajouter que, dans le plasma, une augmentation du rapport cortisol/DHEA est souvent un signe de grand stress. Ajuster son taux de DHEA à ce qu’il devrait être à la trentaine est une excellente façon d’augmenter sa résistance au stress et d’être beaucoup plus « zen ».

  • Impact sur la peau et les muqueuses

C’est un des résultats validés par l’étude du Pr Baulieu : l’optimisation de votre taux de DHEA améliore l’aspect, la souplesse, la douceur et l’hydratation de la peau. Il en est de même pour toutes les muqueuses.

N’hésitez pas à doser ou faire doser votre taux si vous avez la peau trop sèche (et à prendre plus de bons acides gras !).

Est-ce que je manque de DHEA ?

Voici quelques indications qui devraient vous permettre de répondre vous-même à cette question :

  • Si je suis anxieux ou triste, sans raison
  • Si je suis trop fatigué(e) par rapport à mon âge et mon activité
  • Si j’ai tendance à prendre du poids, sans raison
  • Si j’ai de la cellulite, les muqueuses trop sèches, il y a de fortes chances que mon taux soit trop bas.
  • Si ma libido est en berne, il est possible que je manque de DHEA et probablement aussi de testostérone (pour les deux sexes). De même si ma pilosité diminue, en particulier sous les bras et sur le pubis.
  • Si mes muscles se relâchent ou si ma mémoire diminue sans raison, il sera intéressant de faire doser mon taux de DHEA (et de prégnénolone) et de me supplémenter jusqu’à atteindre les taux physiologiques de l’âge de 30 ans.

Non, la DHEA n’est pas réservée aux personnes âgées !

Il faut bien comprendre que si nos taux de DHEA baissent régulièrement dès l’âge de 25 ans, certains ont, même jeunes, des taux relativement plus faibles que la moyenne. Cette hormone n’est donc pas réservée à un public âgé, et il peut être vraiment intéressant d’en prendre assez tôt si certains signes indiquent une déficience.

D’autres effets plus difficiles à confirmer ?

La DHEA a de nombreux autres effets bénéfiques que l’on a encore du mal à confirmer de façon très claire. Voici quelques uns de ces bienfaits :

  • Effets sur le maintien ou l’amélioration des fonctions cérébrales et cognitives (mémoire), effet « antidépresseur « like ». C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est recommandé de prévenir son médecin s’il vous prescrit des médicaments dits « antidépresseurs » dont la DHEA peut modifier l’effet.
  • Effets sur la libido et bien au delà des conclusions de l’étude DHEâge, j’ai observé des effets positifs dans les deux sexes et à tout âge, mais il est vrai qu’ils sont plus facilement détectables chez la femme que chez l’homme.
  • La DHEA peut avoir un effet positif sur la fertilité : une supplémentation de 80 mg par jour chez des femmes n’ayant pas eu de réponse à des traitements classiques est en mesure de déclencher une ovulation [7].
  • L’amélioration de l’immunité reste plus difficile à prouver mais je connais de nombreuses personnes qui, pour cette raison, ne veulent plus se passer de DHEA, comme elles ne veulent pas se passer, surtout en automne et en hiver, de vitamine C, de zinc ou de vitamine D…

Faut-il se méfier de la DHEA ?

Est-ce que la prise de cette hormone présente des risques ou des contre-indications ?

Permettez-moi de redonner ici la parole au Pr Baulieu : « Par précaution, on n’en prescrit pas à un patient qui a un cancer du sein ou de la prostate… Et on a peut-être tort d’ailleurs, mais on s’abstient car certaines vieilles théories prévalent toujours. En dehors de ces cas limites, il n’y a pas d’effets secondaires de la DHEA. C’est un point très important ».

Je crois que tout est dit, je partage complètement les propos de mon éminent confrère. Sauf sur un point : par précaution je ne conseille pas de DHEA à quiconque ayant eu un cancer dit « hormonodépendant ». Cela étant, il s’agit là plus d’une précaution « médico-légale » que d’une opinion scientifiquement fondée.

L’étude du Pr Baulieu l’a bien souligné : aux doses classiquement préconisées (10 à 100 mg par jour) il n’y a que de faibles effets secondaires qui n’apparaissent, en fait, que si l’on a dépassé les doses utiles, ce que le suivi des dosages devrait pouvoir éviter.

En pratique j’ai parfois remarqué, sans aller jusqu’à l’acné, que la peau pouvait devenir trop grasse. C’est le signe évident que les doses quotidiennes doivent être réduites. Il en est de même pour l’apparition de rares hirsutismes (augmentation de la pilosité) qui disparaissent dès la diminution des doses.

Médicament, complément alimentaire ou dopage ?

Aux Etats-Unis et dans certains pays européens, la DHEA est considérée comme un complément alimentaire. En France, elle est autorisée comme un médicament et ne devrait, en théorie, être délivrée que sur prescription médicale. Pourtant, le moins que l’on puisse dire, c’est que les médecins français ne sont pas vraiment encouragés à en prescrire.

Cela étant, la législation transfrontalière n’empêche personne de la commander dans un pays où elle est considérée comme un complément alimentaire. Il est toutefois évident que, dans ce cas, cela reste sous la seule responsabilité du consommateur.

On peut insister sur le fait qu’aux doses inférieures à 50 mg par jour, en respectant les contre-indications et en adaptant la dose en fonction de la réaction cutanée, il n’a pas été identifié de dangers.

Amis sportifs, attention ! La supplémentation en DHEA est totalement proscrite chez les sportifs faisant des compétitions, pouvant, dans ce cas, être assimilée à un dopage.

De quelle manière faire doser sa DHEA ?

Je pense vous avoir déjà fait comprendre qu’il était important de connaître son taux de DHEA. Et cela même si l’on est jeune, surtout en cas de fatigue ou de stress prolongés.

N’importe quel laboratoire d’analyse peut le faire et le dosage est peu coûteux. Il faut faire doser la forme circulante, c’est-à-dire le sulfate de DHEA (S-DHEA).

En revanche, écoutez-moi bien… Ne vous amusez pas à interpréter vous-mêmes les résultats, car l’équilibre hormonal toujours complexe nécessite d’être interprété par un praticien habitué.

Globalement, le taux plasmatique idéal de DHEA, différent chez l’homme et chez la femme, doit être voisin du taux plasmatique moyen observé vers la trentaine, âge où le taux de DHEA est à son maximum.

En ce qui me concerne, il n’est pas question de conseiller de la DHEA sans avoir un dosage et un éventuel bilan hormonal complet. Inutile en effet de surcharger quelqu’un qui n’en a pas besoin ou de décevoir un autre avec des doses trop faibles… On peut aussi faire réaliser des dosages salivaires de DHEA. Ils sont très fiables et évitent une prise de sang.

Comment choisir sa DHEA ?

La DHEA est un produit pur et de synthèse : ne croyez pas aux précurseurs de DHEA dont votre corps est incapable d’assurer la transformation « in vivo ».

La DHEA est aujourd’hui disponible en pharmacie sur prescription médicale. Certains sites Internet proposent également une DHEA dite de « qualité pharmaceutique ». Renseignez-vous auprès de ces sites.

À vous de choisir en fonction de votre situation personnelle, de l’avis de votre médecin, de votre motivation et des prix. Mais dans tous les cas, évitez l’automédication, et compte tenu des interactions de la DHEA avec les nombreux métabolismes que nous avons décrits, prévenez votre médecin de votre choix.

Une nutrition mal adaptée peut renforcer les déficiences

Les carences en acides gras, en particulier en oméga-3 et 9 peuvent induire des déficits en DHEA : consommez au quotidien de l’huile d’olive et de colza ou de chanvre ainsi que des petits poissons gras (sardines, anchois, maquereaux)…

Les déficiences en antioxydants (vitamine A, vitamine E naturelle, tocophérols, sélénium, magnésium et zinc) augmentent la consommation de DHEA.

Et la ménopause dans tout ça ?

Mes patientes me posent souvent cette question : puis-je prendre de la DHEA si je suis un autre traitement hormonal, en particulier pour la ménopause (ou l’andropause) ?

La réponse est oui ! Faiblement androgénique, la DHEA n’interfère pas avec la sécrétion de testostérone. Elle ne la remplace donc pas lorsque cette dernière est indiquée, en particulier après la cinquantaine.

Même si en théorie elle peut augmenter légèrement la sécrétion d’hormones sexuelles chez la femme, la DHEA ne les remplace pas non plus et n’est donc pas contre indiquée en cas de traitement hormonal de la ménopause. Au contraire, on a vu qu’elle pouvait améliorer la libido et l’état de la peau.

De même, la prise de DHEA ne remplace pas la prise d’autres hormones quand elles sont nécessaires : qu’il s’agisse d’hormones surrénaliennes comme le cortisol ou d’hormones thyroïdiennes ou d’hormone de croissance (dans les pays où elle est autorisée). Les déficiences en hormones thyroïdiennes et en testostérone peuvent même réduire la production de DHEA.

Si vous n’êtes pas « au top » de votre forme, contrôlez votre taux de DHEA !

La DHEA est une supplémentation hormonale essentielle chez beaucoup d’entre nous. Il semble aussi indispensable de connaître son taux de DHEA que son taux de zinc, de sélénium, de cuivre ou de fer, en particulier si l’on sent que sa forme n’est pas au top.

Il ne faut jamais se supplémenter sans connaître et suivre son taux, ni négliger ses réactions personnelles. Il est essentiel de prendre l’avis d’un thérapeute averti des indications et contre-indications.

Toutefois, une fois encore, toutes les études semblent indiquer que des doses quotidiennes inférieures à 25 mg chez les femmes et 50 mg chez les hommes ne présentent guère de danger.

Pensez donc à faire un dosage salivaire ou à demander à votre thérapeute un dosage plasmatique de sulfate de DHEA (S-DHEA).

À partir de là, vous pourrez atteindre ou maintenir la dose utile de DHEA pour atteindre la forme, la maintenir et prévenir bon nombre d’affections liées au vieillissement et à la baisse naturelle de DHEA avec l’âge, ainsi qu’aux multiples expositions au stress de nos vies à tous !